Ce texte a été rédigé par Adeline, qui vit sur les chemins avec sa troupe composée d’équidés, de chiens et d’un chat. Nous l’avons retrouvé à plusieurs reprise et nous apprécions particulièrement son énergie et sa force. Elle nous inspire beaucoup. Nous partageons ici l’un de ses textes publié initialement sur sa page Facebook. Vous pouvez la suivre sur Facebook Paws Nomad , ainsi que sur son blog : pawsnomad.wordpress.com
Vous pouvez également lire ici l’article que nous avions rédigé suite à notre première rencontre en janvier 2018.


“Je ne peux pas”. Je ne peux pas entendre cette phrase sans y réagir, sans m’agacer peut-être même un peu. Mes amis l’auront sûrement expérimenté quelques fois. Sans doute m’auront-ils pardonnée en connaissant mon parcours, y voyant une certaine légitimité.

Il n’est pas rare qu’on me demande de comprendre les “je ne peux pas”… A mon tour je demande qu’on comprenne que, non, JE ne peux pas les comprendre ! Que l’on me pardonne, et surtout, que personne ne prenne quoi que ce soit personnellement… A moins que, sinon, plutôt, ou alors… que tous et chacun le prenne pour soi. Car j’y ressens quelque chose de plus large, général, sociétal.

D’habitude, je mets un point d’honneur à ne jamais, autant que faire se peut, donner de conseils et encore moins d’injonctions. Qui suis-je pour donner des conseils ? Peut-être l’aurez vous remarqué, je préfère raconter, livrer mon expérience en tant que tel, puisque ce n’est que de ça dont il s’agit, mon expérience, mon ressenti, mes conclusions. Au risque de paraître autocentrée, c’est ma façon de parler sans prétention, sans revendications, sans vérités que je déciderais pour l’autre. Je laisse mon récit inspirer qui veut, comme il le veut, s’il le veut. Mais après tout, qui suis-je pour ne pas donner de conseils ? Qui, à part moi-même, peut décider de ce que je peux dire et sur quel ton ? Alors aujourd’hui mon ton sera plus brutal. Comme mon constat. Je me laisserai inspirer par le son de l’orage, violent et bref, mais juste. Tout a sa place.

La nuit dernière, un rêve me soufflait que je dois dire les choses ; celles qui déplaisent. Vous connaissez ma propension à me laisser guider par mes rêves ! Et ce matin, un nouveau “je ne peux pas, je renonce” précédé de tant d’autres identiques, a fait (re)naître en moi toute une tempête de pensées. Et avec elle l’urgence d’en partager quelques unes. “Impossible n’est pas français” me semble être tombé aux oubliettes pour beaucoup de mes compatriotes. Si tout n’est pas possible, je perçois souvent avec perplexité chez mes contemporains de toutes nationalités une facilité à qualifier quelque chose d’impossible. Y aurait-il comme une facilité à sombrer dans l’impuissance ? Dans le même temps, je lisais aussi ce matin le texte de “Partager c’est sympa”, qui, faisant référence à la situation de la forêt amazonienne, nous dit “Tu es impuissant, reste-le.”. Et je suis d’accord, entièrement d’accord avec son message (dont je vous recommande la lecture ici : https://www.facebook.com/1830674973851901/posts/2372401853012541/?app=fbl). Paradoxe ? Non !

Cette impuissance-là est celle de l’irréparable. Nous avons atteint l’irréparable et sommes maintenant effectivement impuissants. Mille arbres ne remplaceront jamais une seul arbre millénaire. Impuissants nous sommes face à cela, oui. Mais cette impuissance-là ne serait-elle pas le résultat d’une fausse impuissance, celle à laquelle nous avons cédé si longtemps jusqu’ici ? Celle de laisser faire, celle de valider un système destructeur en connaissance de cause ? “Oui mais” me direz-vous. Oui mais quoi ? Je sors de l’exemple de la forêt amazonienne, qui n’est pas le sujet, quoique. Je constate que nous avons une énergie et une imagination sans limites, pour nous trouver des prétextes, des raisons, des justifications à notre “je ne peux pas”. Et si nous mettions la même énergie à trouver “comment pouvoir” ?

Impuissance apprise. Qui nous a appris à dire, et pire, à croire “je ne peux pas”. Qui nous a appris à opposer aux solutions d’autres problèmes. Qu’avons-nous fait de notre Pouvoir, de notre imagination, de notre patience, de notre détermination, de notre volonté, de notre obstination, ou de tout ça à la fois ? À qui, à quoi, pourquoi, et pour quoi avons-nous abandonné notre force vitale ? Qu’obtenons-nous avec de la résignation, de l’abandon au premier obstacle ? À part la certitude finale, la validation de notre impuissance, celle-là même que nous avons laissé nous dominer ?

Je vois parfois pourtant, des lueurs, des sursauts de détermination. Des indignés, des résistants, des rêveurs qui mettent leurs rêves en actes, des gilets jaunes qui s’obstinent. Il reste donc une flamme. Mais certains s’obstinent dans un statut d’impuissants. Demandant à d’autres, dans de vaines suppliques, que l’on change le monde pour eux. Et de s’obstiner alors qu’il est clair que ces autres n’écouteront pas. Et si la rage de cette impuissance de victimes, nous la transformions en détermination à faire le Possible nous-mêmes ? Et si nous nous prenions en mains ? Et si nous nous demandions chacun ce que l’on veut vraiment, et comment le rendre possible ? Si l’on se demandait chaque fois que l’on se dit “je ne peux pas”, si on n’est pas plutôt en train de dire “je ne veux pas” ? Dans ce cas soyons honnêtes. Dans le cas contraire, où est notre Puissance ? Où est-elle ?

Au cours de mon voyage, comme mes confrères et consœurs, je m’expose à ces remarques typiques et répétitives : “tu es courageuse”, “moi, je ne pourrais pas”, ou bien “j’aimerais tant faire pareil… mais.”… Cela me laisse toujours perplexe. Non, je ne crois pas être si courageuse, bien que, oui, dans certains moments, je me dis que si. Si, tu pourrais, n’importe qui pourrait. Et si tu veux, tu peux ! Pourquoi donc ne pourriez-vous pas ? Faire cela, ou faire autre chose, ce truc qui vous appelle et qui vous semble impossible ou effrayant, pourquoi donc ne pourriez vous pas ? Qu’ai-je de plus ou de moins que vous ? Des muscles énormes ? A vous de juger… Beaucoup d’argent ? Euh, on en parle ? Une psychologie d’athlète des JO ? J’en doute… Est-ce que tout a été facile dans ce voyage ? Oh que non. Fluide ? Pas toujours, du tout. Est-ce que je n’ai jamais peur ? Oh si vous saviez… Y a-t-il eu des obstacles, des problèmes ? Tous les jours. Mais, des solutions ? Tous les jours !

Souvent je me demande ce que les autres fous comme moi et moi-même, ceux qui semblons ne jamais être arrêtés par rien, avons ou n’avons pas. Qu’est-ce qui nous différencie ? Mais bon dieu, comment ça se fait que les questions se posent dans ce sens ? Qu’est-il donc arrivé à la force, à l’envie, au rêve et à la détermination de la majorité ? D’où vient cette faculté si répandue à se décourager ?

La raison d’être d’un obstacle, c’est d’être franchi. C’est sa définition : l’obstacle est franchissable ! Reste à trouver par où : par dessous, par dessus, à gauche, à droite, par un autre chemin, l’obstacle peut être déplacé, détruit, ou même utilisé ! Et peut-être que quelqu’un te tend la main ou te montre la solution que toi tu ne vois pas encore ! Quelle est donc notre limite ici : l’obstacle ? Ou quelque chose en nous ?

Non, je ne comprends pas le “je ne peux pas”. Je ne comprends pas. Je ne comprends surtout pas qu’une société entière s’y soit résignée. Ô, être humain, qu’as tu fait de ton pouvoir créateur, qu’as tu fait de l’infinité de tes possibles, de ceux qui créent le beau et la joie ?!

Parfois, j’ai l’impression que les vagabonds, fous, artistes et rêveurs comme on aime nous étiqueter, nous endossons malgré nous un rôle de messager. Bien inconfortable parfois. Beau en même temps. Nous nous faisons par l’exemple, par l’incarnation, messagers du Possible, de la force des rêves, de l’intuition, ou de tout ce qui nous guide sur notre si riche chemin que tant d’autres semblent envier. On aimerait ignorer cette responsabilité, qui n’en est pas une à la fois. Mais parfois on aimerait que le message passe, sans pour autant le revendiquer, car il est plus subtil qu’une revendication, c’est quelque chose qui vient et qui va au cœur. Pourtant, qu’on aimerait ne plus entendre “ah, si je pouvais, moi aussi je ferais…”, mais entendre et voir “oh, si tu peux, alors je peux ! Et comme je veux, alors je peux. Je peux, oui je Peux !”…

Et… Si Je peux, et que Tu peux, alors Nous pouvons, non ?

Fin de l’orage. 😊


Au cours des multiples aventures que vit Adeline au quotidien, l’une des dernières est la recherche d’un compagnon pour une mûle maltraitée par ceux qui auraient dû en prendre soin. Cette mule a trouvé son humain et le transport entre le sud de l’Espagne et la Franc coûte cher. Vous pouvez découvrir son histoire, peine de rebondissements, sur la page Facebook d’Adeline et participer à la cagnotte pour payer le transport de la mûle Duquesa ici : https://www.paypal.com/pools/c/8i75TLGsuo

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