Ces textes ont été rédigé par Adeline, qui vit sur les chemins avec sa troupe composée d’équidés, de chiens et d’un chat. Nous l’avons retrouvé à plusieurs reprise et nous apprécions particulièrement son énergie et sa force. Elle nous inspire beaucoup. Nous partageons ici deux de ses textes publiés initialement sur sa page Facebook. Vous pouvez la suivre sur Facebook Paws Nomad , ainsi que sur son blog : pawsnomad.wordpress.com
Vous pouvez également lire ici l’article que nous avions rédigé suite à notre première rencontre en janvier 2018.


Partie I – Directions/équilibre/forces

Les directions. Du voyage, elles sont au cœur. Quelle direction prendre ? Quel itinéraire, quel destination ? A chaque carrefour il faut en choisir une.
Cela vaut aussi pour l’intention, l’attention et l’énergie qu’on met en œuvre. Vers quelle direction : vers soi, vers l’autre, vers eux mes compagnons ? Nous porte-t-elle vers le haut, vers le bas ? Il semble que que peu importent les directions prises, elles nous ramènent toujours à nous-même, au centre de soi. Ce centre de soi-même qui permet de connaître exactement la décision juste. Comme le point de départ d’un équilibre.

Équilibre. Par définition il n’est jamais atteint. Il est une recherche perpétuelle, un état fragile constitué d’ajustements successifs. Sans eux, il cesse d’exister.

Je me souviens de ce temps où j’apprenais à marcher sur un fil. Exercice physique dont on s’aperçoit vite qu’il est plutôt mental, et une métaphore puissante de l’équilibre à chercher dans la vie. Debout sur la sangle, l’équilibre se nourrit de la décontraction musculaire et de la pleine présence mentale. Lorsqu’il se perd, c’est au prix de fortes et épuisantes contractions musculaires et d’une détermination sans faille qu’on le retrouve, in extremis, peut-être. Une lutte dans la force pour retrouver l’apaisement. Paradoxes pour un éphémère instant, que pourtant il s’agit de faire durer. Balancement perpétuel entre deux états opposés, entre plusieurs directions, plusieurs forces.
Son aboutissement est un état harmonieux de repos et de pleine présence à l’instant. Son prix, un sérieux appel à des ressources intérieures, guidées par la direction d’une solide intention, du regard.

Ressources et forces intérieures sont de fait également l’un des fils rouge de ce voyage.
Ce dernier permet, en les exigeant, de les découvrir, de les connaître et de les reconnaître ; précieux indispensables et cadeaux à la fois. Mais en faisant appel sans répit à ces ressources, celles-ci s’épuisent. À l’image de celles de notre planète, elles sont vastes et souvent insoupçonnées, mais si l’on n’y prend pas garde, elles peuvent révéler et atteindre leurs limites.
Si l’on ne parvient pas à maintenir l’équilibre, c’est dans une lutte désespérée que l’on peut tomber pour le rétablir. Ce fut un des plus grands défis de l’aventure au long cours, et c’est mon épreuve du moment.

Mes ressources intérieures ont été trop sollicitées par les exigences du voyage, et je constate que les reconstituer me demande de faire appel à… mes ressources elles-mêmes. Absurde équation.
Je me trouve en déséquilibre, vacillant sur un fil au dessus d’un puits sans fond, en lutte intense avec ce qu’il me reste de forces, devant puiser bien au fond de ce puits qu’il me faut alimenter. Mes forces s’amenuisent encore alors que retrouver un état de repos s’avère crucial. La lutte est terrible, le mental doit tenir, du moins le croit il : maintenir le cap d’un objectif d’apaisement. Mais lui aussi vacille. Il perd l’espoir, le retrouve, s’impatiente, se tempère, il voudrait parvenir au but, y croit, s’en enthousiasme, mais s’essouffle, il voudrait renoncer, que ce soit plus facile, que le contexte soit autre, qu’un élément extérieur lui vienne en aide, mais il est seul, seul responsable de sa volonté, de ses possibles. Il voudrait être en paix mais n’y parvient plus, comme si cette paix n’était désormais que l’arrivée et non le chemin…

Ma boussole intérieure aussi est agitée, l’aiguille tremble et elle ne sait plus très bien où est son Nord. Les voyants clignotent entre orange et rouge : colère, insomnie, impatience, tristesse s’invitent et s’imposent.
Leur répondent la résilience de la Vie et la sagesse de l’âme, qui disent posément que tout ira bien, que ça passera. Qu’il s’agit de faire le calme en soi, de laisser couler sans y réagir les agressions des stimuli, des pensées, des émotions. Les observer. Juste, les observer, les remercier et les regarder se dissoudre. Se faisant, regarder les ressources se renouveler ; l’équilibre se restaurer. Comme on regarde passer un orage.
C’est simple, une simplissime formule. Et je la crois. Mais sa mise en œuvre n’est pas facile, et la patience, devenue affaiblie elle aussi, est de mise.

Dur dur de marcher… sur le fil. La paix en moi doit revenir, mais l’équilibre dont elle dépend, entre lutte vitale et lâcher-prise est un art alchimique à ajuster. Reste à découvrir comment, tatonnant, vacillant d’ajustement en ajustement.
Ajustons alors…

Ici nous amène le voyage : au Centre. Point de départ et arrivée de Tout.


Partie II – Volonté /Intention

Mon fidèle guide Dazou et sa sœur Dolgane qui fut reine de l’équilibre

Dans mon texte d’hier, où je livrais, et ce faisant me délivrais, en partie, de la lutte qui se jouait rageusement en moi, je faisais référence au “mental”.
Ce mot, de nos jours, a bien des définitions, et bien souvent nous y voyons quelque chose de non souhaitable. Le mental comme bruit qu’il nous faut faire cesser car il nous assourdi.

Dans ce cas je faisais plutôt référence au mental du sportif, celui qui au contraire nous sert, celui qui fait qu’on ne renonce pas, qu’on tient bon dans la lutte, et qu’on peut la gagner.
Il s’agit dans ce cas plutôt d’une Volonté. Une volonté de fer qui ne plie pas dans la difficulté. La volonté qui rend possible le franchissement de l’obstacle, le dépassement, le surpassement.
Cette volonté est alors souhaitable, voire indispensable. De fait, dans ce voyage, si elle avait fait défaut, il se serait arrêté, bien des occasions auraient pu permettre le renoncement si la volonté n’avait pas été plus forte. Bénie soit-elle cette volonté ! Bien liée semble-t-elle à la résilience, celle qui prend le relais quand la volonté rencontre l’impuissance, l’épuisement ou le désespoir, l’a priori insurmontable même pour elle. Mais c’est un autre sujet. Quoique.

Quoiqu’il en soit, le pouvoir de l’écrit est immense et il m’a une fois de plus servi. Texte terminé je me sentais hier plus apaisée qu’après toutes mes tentatives de repos, de méditation, et autres stratégies. L’écriture exorcise. Le conflit intérieur s’apaise en sortant de soi, en allant sur une feuille de papier, ou sur son équivalent technologique. L’effet est immédiat. Et plus tard, la distance qu’il nous offre avec l’objet de la lutte nous donne une compréhension nouvelle.

Je reviens sur ce mot “volonté”, que je voulais exprimer en parlant de mental qui devait tenir bon. En fait, dans ce mot “mental” (de sportif), je voyais un mélange, sans trop le voir clairement, entre Volonté et Intention. Ce matin ma vision s’est précisée. Il s’agit encore d’un équilibre. Un équilibre entre Volonté et Intention.

De fait, la Volonté peut nous desservir, lorsqu’elle s’épuise dans une direction inadéquate ou pire, dans trop de directions. Elle devient alors bruyante, épuisante et improductive, elle se perd et nous perd avec elle. Et c’est le Paradoxe que je constatais avec dépit ces temps ci. Volonté de retrouver des forces, s’épuise et épuise ces dernières en voulant y parvenir. Pourtant, si, il faut bien une volonté. Que lui manque-t-il alors ?

Sur le fil, le funambule, sans volonté, tombe, immédiatement. Mais avec une volonté non orientée, sans direction, il tombe aussi, seulement plus épuisé que dans le premier cas. La clé, c’est qu’il lui faut regarder le bout de sa ligne. Seulement là, et vraiment là. Pas autour, pas dans le vide en dessous, pas sur ces choses effrayantes qui pourraient nous blesser, ni sur le vent qui ajoute une difficulté. Non, seulement le point fixe qui vient figer le reste de l’esprit dans un ici et maintenant absolu, dans une imperturbable et tranquille détermination. Le regard, comme Intention du funambule. Indispensable.
L’intention, existe donc pour guider la volonté. Elle est sa direction, son guide, son cadre, pour qu’elle puisse être fertile.

La puissance de l’intention. Qui n’est pas elle-même volonté, ni envie, ni objectif. Elle n’est qu’une instruction, calme, précise et alors, déterminante. Elle recentre, concentre l’énergie de la volonté de façon bien déterminée. Elle la rend totalement indépendante de toute autre donnée extérieure, qu’elle soit favorable ou défavorable. L’intention est une clarté, une éclaireuse, une élagueuse qui trace la voie de la volonté.
Ainsi, la lutte se simplifie. Elle devient gagnable, et plus calme, car plus claire.

Reste alors, à simplifier l’intention, l’identifier, ou la définir. Et dans mon cas présent, malgré le vacarme, j’ai pu entendre que l’âme me l’a déjà chuchotée.
Alors, en marche, funambule ! 😊


Au cours des multiples aventures que vit Adeline au quotidien, l’une des dernières est la recherche d’un compagnon pour une mûle maltraitée par ceux qui auraient dû en prendre soin. Cette mule a trouvé son humain et le transport entre le sud de l’Espagne et la Franc coûte cher. Vous pouvez découvrir son histoire, peine de rebondissements, sur la page Facebook d’Adeline et participer à la cagnotte pour payer le transport de la mûle Duquesa ici : https://www.paypal.com/pools/c/8i75TLGsuo

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