Réalisation d’un épisode SideWays… mode d’emploi !

”Combien de temps mettez-vous à réaliser un épisode ?”

On nous a souvent posé cette question, et nous avons toujours du mal à y répondre. Si nous ne nous fixons pas de dates limites et que le nombre de publications varie beaucoup d’une année sur l’autre, les étapes par lesquelles nous passons lors de la réalisation sont plus ou moins toujours les mêmes. Les voici :

1. Trouver le sujet.

A la recherche d’un futur épisode, au sud de Nantes, septembre 2015

 

Cette étape était la plus longue lors de la réalisation des premiers épisodes. Nous avons commencé avec elf Pavlik, qui vit sans utiliser d’argent… la barre était haute. Nous cherchions des personnes aussi inspirantes que lui, et ce n’est pas chose aisée. Nous avons été à la rencontre de nombreuses personnes, de nombreux projets en France, en Allemagne, en Belgique, en Espagne. Nous hésitions parfois à réaliser un épisode sur un sujet intéressant, mais il manquait cette petite flamme au fond de nous…

Les épisodes sont avant tout des rencontres.
Un projet ou un message qui nous inspire, qui nous donne envie d’en savoir plus, de passer du temps avec la (ou les) personnes pour qu’elles nous partagent leur passion, leur vision.

Aujourd’hui, la question ne se pose plus de la même façon.  À force de projections, on nous a parlés de nombreux projets. Notre vie sur la route est la meilleure manière de rencontrer des personnes qui nous interrogent, qui nous inspirent. Nous avons déjà dans la boîte les sujets des épisodes 10 et 11. Nous avons une idée assez précise du sujet de l’épisode 12.

D’ici que nous ayons publié ces trois prochains épisodes, nous imaginons que la vie aura apporté sur notre route de quoi contenter notre passion pour de belles histoires.


2. Le tournage.

Tournage de l’épisode sur la forêt comestible de Juan Anton, mars 2014

Quand une rencontre nous a marqués, nous proposons de réaliser un épisode. Il est déjà arrivé que cette proposition soit refusée, nous n’insistons pas. Il peut s’agir d’une volonté de ne pas communiquer : certains projets sont lourds à porter et la publicité ne facilite pas les choses. Il peut aussi s’agir du mauvais moment. Quoi qu’il en soit, il serait possible de revenir plus tard, la vie fera la suite du chemin.

Si la réponse est positive, nous organisons le tournage, souvent dans la foulée, parfois repoussé de quelques semaines ou quelques mois pour trouver un moment qui convienne à tous. Une semaine, dix jours intenses.

Si nous avons en tête l’idée du message portée par la personne ou le projet et qui nous intéresse, nous ne savons pas comment nous allons raconter l’histoire. Nous n’écrivons rien à l’avance, nous ne demandons pas de répéter ce qui a été dit, nous ne mettons rien en scène. Nous nous laissons porter par les activités qui se déroulent devant nous, essayant de capter le maximum d’images, de paroles, de complicités.

Le film se déroulera en séquences, au moins 4 ou 5 par épisodes. Il nous faut capter des moments variés, des activités différentes. En plus du fond, nous prenons soin de photographier et de filmer de nombreux détails, des illustrations qui enrichiront l’histoire car l’environnement parle souvent de lui-même. Chaque plan est un mot. Il nous faut le maximum de mots différents. Les premières interviews se déroulent au fur et à mesure des activités que l’on filme, sur le vif, ce sont les “interviews en situation”.

À la fin, les “interviews posées” nous permettent de mettre un cadre sur l’ensemble, de formuler toutes les questions que nous n’avons pas eu le temps d’aborder, et de creuser. Et bien souvent, cela va au-delà de la réalisation de la vidéo et de l’écrire du magazine, nous sommes personnellement avides d’en apprendre le maximum et avons envie de bien comprendre. Ces interviews sont généralement très longues !

La fin d’un tournage est toujours stressante. Avons-nous tout ce dont nous avons besoin ? Est-ce suffisant ? Les protagonistes ne comprennent pas, cela fait tellement d’heures de rushs pour un épisode d’une dizaine de minutes…


3. La post-production

 

Il s’agit, et de loin, du moment qui prend le plus de temps. Il est décomposé en de nombreuses parties. Le début, c’est de reprendre le tout. Hélène réalise la transcription écrite de toutes les interviews. Cela lui semble indispensable pour avoir les idées claires, retrouver facilement les passages dont elle a besoin quand elle les cherche. C’est un gros travail qui prend des jours quand ce n’est pas des dizaines de jours.

En parallèle, Benoit se met la tête dedans. Il ne regarde pas les interviews, il a en tête le tournage et déjà quelques idées. Avant toute chose, trouver une ou plusieurs musiques qui correspondent à l’ambiance, à l’esprit. Ce sont elles qui vont donner le rythme aux images, de la vidéo, de l’ensemble. Ce sont le plus souvent les “instrus” produites par Looping, un ami d’enfance. Parfois, c’est la musique que l’on a enregistrée lors du tournage. Exceptionnellement, d’autres sons viennent s’ajouter. Quoi qu’il en soit, ce sont des musiques de personnes que l’on apprécie, des musiques qui ont une histoire.

Un travail de création qui se développe au ressenti. Regarder encore et encore, sentir. Réécouter des bribes d’interviews, d’images par-ci, par-là. « Et cette séquence, elle était chouette… ». Se laisser porter par les images. Seconde après seconde. Le travail est peaufiné au fur et à mesure, sinon, on ne peut pas se rendre compte de l’effet. Des tests, des dizaines de tests, des centaines de tests. Cela fonctionne-t-il ? On recommence. « La première version passait mieux. »

Benoit est concentré, pendant des heures, son casque sur les oreilles, il regarde ses écrans.

Pendant ce temps, Hélène débute l’écriture. Tentatives d’exhaustivité, besoin d’avoir tous les éléments bien clairs et organisés en tête pour débuter. Hélène a un esprit qui a besoin de repères et de cadres pour la création quand Benoit se jette dans le vide.

Une accroche. Comment débuter ? Une fois les quelques premières lignes posées, le flot de l’écriture se poursuit, facile. Jusqu’à la prochaine transition. Petit à petit, on reprend, on relit, on corrige, on ajoute des éléments, on supprime des mots. Des phrases claires. On supprime les adjectifs et tout le superflu, au maximum. Être facile à lire. L’objectif : que l’on ne se rende pas compte que le texte est beaucoup trop long !

Au bout d’un moment, besoin de passer à autre chose. On reprend le dernier magazine, on nettoie le code, on reprend à zéro. Un titre ? On verra plus tard. Quelles images pour illustrer ? L’écriture s’affine avec la mise en page. Elle se raccourcit, elle se fluidifie.

Trouver des transitions pour passer d’un sujet à l’autre, d’une image à l’autre, d’un passage à l’autre. Vidéo, magazine, même combat. L’art de la transition, l’art de raconter une histoire et d’aborder de nombreux sujets sans que le public ne s’en rende compte.

On s’approche de la fin. En fait pas du tout. La vidéo prend forme. Le magazine est presque fini. Mais ce n’est que le début. Pour la première fois, Hélène a le droit de regarder la vidéo. Pour la première fois, Benoit a le droit de regarder le magazine. Séances de critiques constructives, de remises en question, on prend sur soi. Notre objectif est le même : arriver au meilleur résultat possible. On s’entraide. On se déteste. « Mais non, il est important cet élément. » On réfléchit. On modifie. Au final, c’est plus léger. Il/Elle avait raison.

On avance. On recommence. On teste. Encore et encore. On est content. Ça rend bien.


4. Peaufiner

Extrait du code HTML/CSS qui permet de réaliser les magazines

 

Vient le moment du “peaufinage”. Détail après détails, animation après animation, correction de bugs, ajout de nouvelles techniques, prise de tête sur l’outil informatique. Étalonnage, mixage son. Interview sonores. Création des liens, des annexes, des crédits. Comment mettre en valeur le magazine ? On a de nouvelles idées. Vérification de la compatibilité avec les navigateurs. Rien ne fonctionne. On améliore le code. Version pour les téléphones mobile. Allègement du poids des images. Réduction du poids de téléchargement du magazine. Il est trop lourd. Toujours trop lourd. Toujours plus lourd…

On a oublié le module de statistiques. Et les éléments de partage sur les réseaux sociaux. Il y a une incompatibilité entre les scripts. Débuggage. On trouve une solution, un autre module, un autre plugin.

Création de l’affiche. Quel est le titre de l’épisode ? Éternel problème ! On n’est pas doué pour les titres.

On n’en peut plus. On ne peut plus le voir.

Au cours des derniers jours, les personnes rencontrées au hasard sont nos cobayes de la première heure. Ils nous font leurs retours. Quelques critiques, quelques améliorations.

 


5. Retours des contributeurs, améliorations & publication

Premier visionnage de l’épisode en cours en compagnie de l’équipe de l’Univers d’un Poète Ferrailleur, août 2014

 

C’est l’heure d’envoyer l’épisode aux contributeurs. Création de la lettre d’info.

Tout d’abord : Export. Recherche d’une bonne connexion internet. L’envoi sur le serveur est toujours délicat. Il faut s’y reprendre à plusieurs fois dans une bibliothèque, dans un café. Trouver de la 4G, aller dans une grande ville. C’est bon, ça fonctionne. Moment fatidique. On appuie sur le bouton “envoyer”. C’est fait.

On fait enfin une pause. On pense à autre chose. On regarde ailleurs. On fête ça. On se fait un bon repas. En même temps, au fond de notre tête, on attend les premiers retours. On sait qu’ils seront constructifs.

Au bout de plusieurs épisodes, on reconnaît les contributeurs à leurs critiques. Quand on les connaît personnellement, on retrouve dans leurs observations leurs centres d’intérêt. On voit leur regard personnel sur le travail. On prend conscience que tout le monde voit l’épisode différemment. Les retours sont nombreux. Quelques fautes d’orthographe, une scène n’est pas claire, un bout de texte est trop excessif, le titre ne correspond pas. Et si on mettait cette scène avant celle-là ? Le son est trop fort sur cette partie, on n’entend pas ce qu’il dit. Je ne vois pas la fin du texte sur mon ordinateur.

C’est reparti pour un tour. On sait que c’est la dernière ligne droite, mais chaque détail prend du temps, de l’énergie. On a tellement hâte de le partager, de le publier, enfin. Chaque jour, on se dit qu’on va pouvoir le publier demain. Et chaque soir, on se rend compte « que ça, ça et ça est à améliorer ». Une semaine. Deux semaines. Le temps passe. On travaille dessus. On va y arriver. On est perfectionniste ? Un peu, peut-être. Mais pas tant que cela. On voit que tout n’est pas parfait.
« Et ça, on pourrait faire mieux, non ? »

 

Au bout d’un moment, on dit stop. On n’en finira jamais. Ça passe. On fera mieux la prochaine fois. On fait de notre mieux et on veut le mieux que l’on peut car nous savons qu’une fois qu’il sera publié, nous n’y toucherons plus. Il restera ainsi, pour les prochaines années. L’épisode d’elf Pavlik a 4 ans. Il est toujours aussi actuel. Et dans 4 ans ?

On ne fait pas de l’actualité. On construit notre jardin pas à pas. Chaque épisode nous permet d’améliorer, d’aller un peu plus loin. À travers l’évolution des épisodes, on voit notre évolution personnelle. Dans la technique, dans le texte. Et dans la tête aussi.

 

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« Combien de temps mettez-vous pour réaliser un épisode ? »

Nous ne savons pas. On le met en ligne quand il nous semble suffisamment qualitatif. Dans la limite de nos compétences, de notre évolution, de l’histoire, des événements qui ont eu lieu en parallèle.

Car si nous essayons de nous mettre dans une bulle pour la post-production, nous n’y sommes jamais totalement. Nous vivons sur la route, nous bougeons presque tous les jours. Un peu moins quand on est en montage, mais quand même. Nous rencontrons des gens sur la route, nous lions des amitiés. Nous cherchons de l’électricité pour recharger nos ordinateurs : si le panneau solaire ne suffit pas, il faut une aire de camping-car avec électricité, une bibliothèque ou un café. Parfois des projections s’organisent : sur le vif ou organisées depuis un certain temps. Des mails arrivent, nous nous occupons de la vie quotidienne. Comme tout le monde en somme…

Dans une bibliothèque de Barcelone, février 2014

 

Et de temps en temps, on s’arrête, on a envie d’autre chose. On bricole, on joue, on se balade. Ou on écrit un article, comme celui-ci. On vit. Et on fait ce que l’on sent comme on le sent. On sait qu’au fond de nous-même, nous n’avons qu’une hâte : finir cet épisode. Ces apartés nous aident à nous concentrer, à donner le meilleur de nous-même.

Et avec l’expérience, nous en sommes persuadés, ces épisodes sont ce qu’ils sont parce qu’on ne se donne pas de date limite. Alors quel que soit le moment où on le publiera, on sait que quand ce moment arrivera, on aura fait de notre mieux… Et on sera super heureux !

3 commentaires

  1. Merci pour cet superbe explication – ca marche bien comme ça!
    Bon continuation!

  2. Laurence a dit :

    Bravo pour ce texte qui nous fait bien partager votre quotidien sortant de l’ordinaire !
    J’admire votre boulot… sans cesse remis sur le métier, vous êtes de vrais artisans !
    Merci d’être vous, vous êtes captivants…!

  3. COUDRAY a dit :

    Bravo pour votre fidélité. Je veux bien être vous donner un regard sur votre prochain épisode. A plus en Bretagne. Il y a plein de neuf.

    rob

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