Et maintenant ? | Chapitre 7

Ce texte est une fiction documentaire.

Si la narratrice est le fruit de mon imagination, les informations citées sont réelles. Toutes les références (livres, films, lieux, personnes) et les sources sont regroupées à la fin du texte.

Si vous arrivez sur ce texte pour la première fois, la présentation de ce récit est disponible ici (avec le lien pour accéder à la version intégrale en PDF).

Vous pouvez également commencer la lecture à partir du premier chapitre.


Si je récapitule, j’en suis où ?

Il y a des gens qui vivent sans utiliser d’argent. Ils ont une vie de moines et travaillent en contrepartie (directe ou indirecte) de leurs moyens de subsistance. Pour ne pas payer de loyer, on peut vivre chez des gens, dans des squats, dans des habitats nomades ou des maisons que l’on a construit seul ou avec d’autres. Pour la nourriture, il y a la récup’ du gaspillage alimentaire, manger des choses simples cuisinées en groupe pour diminuer les frais ou la possibilité de produire sa nourriture. Pour l’énergie, on peut limiter ses besoins et produire ce qui reste (panneaux solaires, éolienne). Avec l’auto-construction, il est possible au final de fabriquer tout le nécessaire soi-même ou sous forme de chantiers participatifs (même si je suis encore dubitative sur ce que ça donne concrètement).

Dans tous les cas, tout cela ne se fait pas tout seul, ça demande un investissement personnel, d’avoir une activité qui soit utile aux autres (ce qui explique qu’ils te soutiennent) et/ou de produire soi-même ce dont on a besoin (nourriture, maison, etc.). Mais quoi qu’il en soit, on a besoin de ce lien avec d’autres personnes qui ont des approches similaires, avec lesquelles on s’entraide, on apprend mutuellement. Et puis c’est chouette de vivre avec des gens avec qui on partage des valeurs communes.

J’essaie de faire le parallèle avec ma vie actuelle. En fait, j’ai l’impression qu’il n’y en a pas. Ça me semble assez compliqué d’ajouter une touche ici ou là. C’est un changement de manière de penser, c’est la remise à plat de tout, sur de nouvelles bases. Rien n’est compatible avec un travail salarié ou un loyer régulier, à moins que ce dernier soit vraiment faible, une centaine d’euros par mois peut-être. Ce n’est plus un loyer, c’est une participation aux charges de l’entretien d’un logement…

Comment est-ce que je pourrais imaginer les choses pour moi-même ? Qu’est-ce qui me plairait ?

À court terme, pour les prochains mois, l’idée d’acheter une mini-maison roulante pas trop chère pour être indépendante, ça me plaît bien. Aller faire du woofing ? L’idée d’aller bosser dans les champs me motive moyen, mais peut-être que ça peut me faire découvrir d’autres choses. Il y a peut-être d’autres projets où je pourrais aller m’investir en échange du minimum, un peu comme le chantier de construction de Earthship. Faut que je creuse la question sur les sites qui étaient proposés à la fin de l’article sur les Earthship.

Il y a aussi cette idée de partager ses compétences, ce que l’on sait faire. Moi, je sais cuisiner, c’est mon taf. Ça peut être une idée. Trouver le moyen de faire à manger pour plein de monde avec peu d’argent (avec de la récup’ ?), et de le proposer à prix libre, comme dans le squat. Il y a plein de recettes simples qui permettent de ne pas avoir un investissement trop important. Rien qu’avec un gosse marmite de cinquante litres, on peut faire à manger pour quatre-vingt personnes. Avec un bon usage des épices et des temps de cuisson, il y a de quoi se faire plaisir et proposer des repas de qualité. Ce n’est pas de la grande cuisine, mais ça peut être très bon !

La plus grosse problématique, c’est celle du cadre, de la légalité, des normes d’hygiène. L’administration est particulièrement relou sur ces points-là. Beaucoup des normes sont des évidences et il en va de la santé publique, mais si on fait tout ce qui est demandé à la lettre, il faut noter chaque pot qui est ouvert, quand, pour quoi, la provenance de tous les aliments, avoir des frigos rempli d’échantillons de chaque préparation que l’on conserve un temps donné au cas où il y ait un contrôle ou un problème. C’est un travail administratif de fourmi qui m’épuise rien que d’y penser. Alors imaginer faire ça sur le pouce, en mode nomade, ça me semble assez impensable.

Ça, ce serait pour le court terme. Et après ? Je ne vais pas faire ça toute ma vie… Il faudra bien que je me pose à un moment ou à un autre. Comment on envisage le lendemain ? Comment Elf imagine la suite ? Il pense faire ça toute sa vie ? Et ceux qui vivent en squats ? Au bout d’un moment, on fini par s’épuiser, non ?

En même temps, je pose cette question pour eux, mais moi, comment est-ce que, dans ma vie actuelle, j’imagine le futur ? Continuer à travailler pour payer mon loyer, finir par me dire que j’achèterai un appartement, me marier, avoir des enfants ? Non. C’était, dans ma tête, un genre d’évidence. Une évidence, parce que je ne m’étais jamais vraiment posée la question. Et puis, même si je me l’étais posée, c’était ça … ou quoi d’autre ?

Ma vie actuelle, elle est cool, elle est confortable. Enfin… Elle est confortable tant que tout va bien. Mais je me rend compte que je m’épuise : je m’épuise parce que les patrons avec lesquels je bosse en demandent toujours plus, parce que l’idée de chercher du taf me fatigue d’avance, parce qu’une fois que j’ai payé mon loyer et mes charges, il ne me reste plus grand-chose pour me faire plaisir, que mes amis commencent peu à peu à fonder des familles ou partent à l’autre bout de la France. On n’est plus dans la douce époque où on sortait tous les week-ends et qu’on se marrait bien. On rentre tous dans notre petite routine quotidienne et on sort de moins en moins souvent, avec de moins en moins de gens différents.

Ma petite routine. Que j’aime bien. Mais en fait, je suis en train de me renfermer sur moi-même. Je l’accepte parce que c’est facile, parce que c’est comme ça. Mais quand j’y pense avec un autre regard, je vois que ce n’est pas forcément sain de continuer dans cette direction.

(…)

En fait, je crois que je n’ai pas grand-chose à perdre. Je peux toujours aller tester autre chose, et si ça bug, je recommence dans la vie qui j’ai toujours connu.

Alors j’y vais ? Je teste ? Je vise le renouveau ? De nouveaux défis, de nouveaux challenges ? Acquérir des compétences dans différents domaines ? Rencontrer des gens qui ont des expériences variées, qui peuvent m’apporter un autre regard sur les choses ? Oui, je crois que ça me motive bien…

(…)

(…)

(…)

Y’ plus qu’a ?!


« Ce qui nous empêche d’avancer, c’est notre peur.
Notre acte vivant, c’est d’être un funambule. Le funambule lâche un appui derrière lui, il marche sur un fil entre la terre et le ciel et il faut qu’il y aille.
Et les premiers pas sont les plus durs… »

Robert Coudray

Cet épisode en sept chapitre est terminé…

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