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[Episode 9] Lettre ouverte au Maire de Bagnolet et à sa nouvelle majorité

Nous partageons ici les textes de Gilles, de la Bergerie des Malassis, initialement publiés sur la page Facebook de La bergerie des Malassis.


Ici, La Bergerie des Malassis
Lettre ouverte au Maire de Bagnolet et à sa nouvelle majorité

Après une campagne électorale qui a exacerbé les divisions au sein de la population et après la crise sanitaire et sociale du covid 19 voilà revenu le temps de l’action politique pour tous, dans le sens noble du terme ; c’est en tout cas ce que nous espérons à la Bergerie, du haut du plateau des Malassis. Voilà aussi venu le temps pour vous Monsieur le Maire, et pour les élu(e)s de la majorité, de respecter vos engagements vis à vis de La Bergerie, de prouver votre engouement pour une gouvernance contemporaine plus démocratique, et de soutenir enfin à sa juste mesure notre aventure inédite et pionnière en matière d’écologie sociale et culturelle de terrain.

Après trois ans de création de jardins pédagogiques collectifs de pieds d’immeubles, à Bagnolet et dans d’autres communes, nous tenons depuis déjà plus de neuf ans, une ferme de quartier ouverte à tous, tous les jours, et qui accueille des milliers de visiteurs tous les ans, sans n’avoir jamais reçu aucune subvention d’investissement, sans même une arrivée d’eau, et avec une subvention municipale égale à d’autre lieux et d’autres projets bien moins lourds en fonctionnement, en temps de travail, et bien moins ouverts. Neuf ans donc, qu’existe La Bergerie, élevage extensif de chèvres et de moutons en pleine ville, structure pédagogique innovante aux nombreux partenaires spécialisés dans le handicap, l’insertion sociale, ou l’insertion professionnelle de publics fragiles, atelier de paysage pour une gestion véritablement écologique d’espaces verts publics, et lieu culturel qui organise de nombreux concerts gratuits notamment. Douze ans de travail, de joies, d’étonnement, d’apprentissages, et de rencontres avec les habitants, autour d’une aventure authentique et porteuse d’espoir, ce qui n’a pas échappé à la plupart des gens et à de très nombreux médias qui y ont vu une occasion malheureusement trop rares, de parler positivement de notre banlieue et de nos cités.

La Bergerie c’est avant tout, une célébration de notre territoire, de son histoire, et de ses habitants. Ce n’est pas seulement l’aspect spectaculaire d’un élevage en ville ; ce n’est pas le gadget de l’agriculture urbaine, alors que tous les terrains de pleine terre disparaissent. Notre richesse, en banlieue, et en Seine Saint Denis en particulier, c’est la diversité culturelle des habitants. Notre département est un reflet de l’histoire du monde, avec ses joies et ses peines. Notre principale victoire, est la réunification des séparés. Ceux qui connaissent la Bergerie, savent qu’ils peuvent rencontrer des personnes de tous ages et de tout horizon socio-culturel ; en cela, elle est unique. Encore faut-il s’y intéresser et la fréquenter. Nos partenariats professionnels sont à l’image de la Bergerie. Depuis douze ans nous renouvelons des projets pédagogiques et d’insertion sociale auprès d’enfants et d’adolescents handicapés ; nous travaillons avec Emmaus alternatives pour l’insertion professionnelle de jeunes mineurs sans papier ; nous travaillons avec la mairie de Montreuil pour la création d’un jardin vivrier avec des familles Roms ; nous avons multipliez les projets de gestion écologique et sociale d’espaces verts collectifs avec des bailleurs sociaux ; nous jardinons depuis huit ans avec les élèves du collège Travail, et depuis une dizaine d’années avec les écoles Pêche d’Or et Jules Verne, etc. C’est maintenant de la responsabilité des nouveaux élus de s’enquérir de nos activités qui remplissent, depuis longtemps, bon nombre d’objectifs affichés par les politiques publiques en matière de cohésion sociale, d’écologie, d’éducation, d’égalité des chances, de lutte contre les discriminations, et de diffusion culturelle et artistique.

Monsieur le Maire, nous demandons solennellement le respect de vos engagements publics quand au maintient de la Bergerie des Malassis sur son site actuel, qui implique le renoncement à la construction de deux bâtiments privés de sept étages par l’aménageur Eifage. Comme nous l’avons expliqué durant de longs mois, notre volonté de rester sur notre emplacement historique, va de paire avec celle de voir une nouvelle école Pêche d’Or construite de manière à voir son patrimoine arboré conservé, c’est un véritable poumon pour le quartier des Malassis qui s’est tellement densifié, et de manière à continuer à offrir aux enfants des espaces naturels ; ce n’était pas le cas de l’ancien projet qui prévoyait une école sans espaces verts, si ce n’est un jardin sur le toit, totalement inadapté pour les plantes et les écoliers vu les chaleurs actuelles et à venir. La Bergerie des Malassis est un symbole d’espoir positif, qui ne peux pas disparaître, face à un projet de rénovation urbaine, qui a fait fi du patrimoine et de l’histoire du quartier des Malassis. Tous les quartiers, toutes les villes ne sont pas à égalité face à la densification et aux promoteurs, à travers notre lutte, nous avons porté et représentés la voix de très nombreux habitants ne sachant comment se faire entendre face aux rouleau compresseur des chantiers immenses qui durent depuis dix ans. C’est tout à votre honneur d’avoir compris cela, même tardivement.

Comme vous le savez, et comme tous les esprits honnêtes et clairvoyants peuvent le savoir, nous ne défendons pas les seuls intérêts de l’association et de ses activités pédagogiques, sociales, écologiques et culturelles. Si nous avons renoncé à déménager la Bergerie, et aux 360 000 euros d’investissement que proposait la ville, c’est autant pour des raisons pratiques, le terrain n’était pas assez grand pour accueillir dans de bonnes conditions les animaux, que pour des raisons d’intérêt général. A savoir, l’impérieuse nécessité d’entendre le besoin d’espace et de possibilité de nature en ville pour les habitants, qui participe grandement de la convivialité dans le quartier. C’est pour cela qu’il y a deux ans, nous nous sommes opposés au chantier prévus sur le terrain des prés jumeaux, espace public qui laissent la place à une réelle biodiversité et un des rares espaces du quartier où il est encore possible de nourrir notre troupeau. C’est pour cela que nous avons suscité un débat sur la résidentialisation à outrance qui rend inaccessible les espaces verts de pied d’immeuble, lieux de jeux pour les enfants, lieux de rencontre, et lieux possibles pour un rapport riche aux vivant. De quel projet de société nous parlent toutes ces tristes grilles ? Une véritable ferme en ville doit être impliquée dans la gestion des espaces verts qui l’entoure. La Bergerie des Malassis n’est pas une ferme urbaine décrétée par des lanceurs d’appels à projet. C’est une véritable ferme de quartier, avec une histoire. La Bergerie est un archipel de terrains où se développent les activités pédagogiques, d’insertion sociale et culturelles de l’association. Tous nos paysages sont fabriqués collectivement et de manière douce et artisanale, pour ne pas dire paysanne. Dans ce sens, et pour renforcer tous ces aspects, nous allons vous renvoyer le contrat retravaillé sur les bases du devis que vous nous avions fourni à votre demande quelques mois avant le premier tour des municipales. Notre sensibilité et notre attachement à rester indépendant nous a soufflé d’attendre que l’élection soit passée pour scellé ce contrat sereinement. L’épisode du confinement, où nous vous avons adressé une demande d’aide financière exceptionnelle pour pouvoir nourrir les animaux en achetant du foin, restée sans réponse, nous a aussi encouragé à attendre d’avoir une nouvelle majorité élue pour espérer avoir des discussions effectives et claires.

Monsieur le Maire, Mesdames Messieurs les élus de la majorité, j’ai beau cherché, et je ne suis pas le seul, je ne comprends pas pourquoi, une municipalité étiquetée à gauche de l’échiquier politique, n’a pas su mieux se saisir de l’opportunité d’avoir une association aussi dynamique, créative et engagée que la notre. Pourquoi aucun centre de loisir, aucun centre de quartier, ne vient profiter de notre offre pédagogique bien identifiée et plébiscitée par d’autres partenaires, pourquoi n’a t’on pas été accompagnés et soutenus pour la création d’une fromagerie et la vente de fromage de chèvre made in Bagnolet, pourquoi, dans ce monde qui où l’on a tant besoin de se détendre, de s’ouvrir à l’autre, d’éveiller sa sensibilité au monde vivant et aux pratiques d’expressions artistiques, un oasis comme la Bergerie des Malassis est victime d’ostracisme, pourquoi depuis toutes ces années nous n’avons pas pu mettre en place, en partenariat avec le service espaces verts municipale, un véritable plan de gestion agro-paysager volontaire des espaces verts de la ville, favorisant la biodiversité, permettant aux animaux, qui font le bonheur de tant de gens, de bien se nourrir, et ouvrant la possibilité de formation et de création d’emploi durable pour des jeunes, … ?

Merci pour votre attention ; nous avons été clair, parcimonieux, et constructifs, nous attendons maintenant des réponses tout aussi claires et honorables aux différents point soulevés, pour pouvoir poursuivre un partenariat serein, qui profite encore plus à la ville de Bagnolet, à sa jeunesse, à ses habitantes et à ses habitants. Si vos objectifs sont, plus d’écologie et plus de solidarité, vous devez entendre ce qui émane du terrain et ceux pour qui ces deux mots ne sont pas un slogan mais une pratique ancrée depuis douze ans aux Malassis, pour que nos villes de banlieues, bouillons culturels, ne soient pas normalisées à outrance, et que la nature dans nos villes ne finissent pas dans les musées insipides d’une agriculture urbaine lisse et hors sol. C’est un de nos rôles, en tant qu’association, de participer au débat public, d’expliquer, de partager et de défendre nos valeurs d’ouverture et de liberté d’expression et d’action. Nous ne sommes pas les seuls à considérer que l’époque demande une vigilance particulière de la part de tous ceux aspirent à l’égalité de droits entre humains et à la liberté de penser et d’exister. Qu’en pensez vous …?

Gilles Amar
Bergerie des Malassis / Association Sors de Terre


Retrouvez d’autres textes de Gilles sur le blog de l’association Sors de Terre et sur la page Facebook de la Bergerie des Malassis.

Regardez aussi l’épisode de la websérie documentaire SideWays sur la bergerie des Malassis.

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