Cette interview est un complément à l’épisode 10 “Un vaste chantier qui change la vie”. Pour découvrir l’article multimédia complet : www.side-ways.net/episode10

« J’ai fait mes études, j’ai travaillé, mais il n’y avait pas de sens derrière. Je ne voyais pas pourquoi j’avais besoin d’autant d’argent pour payer mon loyer, pour attendre les 5 semaines où je vais avoir du temps libre, où je vais pouvoir faire vraiment ce qui me plaît. Je n’étais pas malheureuse, mais ça n’avait pas de sens. Et je me posais des questions : “Ça va être ça ma vie pour les 40 prochaines années. Sérieusement ?!”

Du coup, j’en parlais autour de moi. Avec des amis, on avait le même questionnement. J’en ai parlé aussi avec ma famille. Mes parents étaient très militants quand ils étaient jeunes. Et ils se sont fait prendre par la vie, par le travail, par les enfants. Ils ont un prêt et se demandent comment payer les factures.

Tout ce qu’ils défendaient quand ils étaient jeunes, je ne le retrouve plus, là, maintenant. Et je me demandais : “que s’est-il passé ?”. Ma plus grande peur, c’était que je fasse pareil. Que toutes ces questions sur le sens de la vie, ce soit une question de jeunesse. Je n’avais pas envie que ce soit qu’une histoire de jeunesse.

Ils m’ont dit qu’ils ne se posaient pas ces questions : « On avait besoin d’argent, on allait travailler ». C’est ça la grosse différence avec l’époque d’avant. Pour moi, c’est essentiel de répondre à ces questions, et maintenant.

Le premier boulot que j’ai eu c’était un CDI, j’avais l’impression qu’on me mariait, c’était horrible. Les gens rêvent d’un CDI, moi, je rêvais d’un petit contrat : pouvoir bouger, ne pas être attachée. Je ne répondais pas à ce schéma de vie. Ça me parlait pas du tout : le mari, les enfants.

Du coup je me suis posé la question : “c’est peut-être le monde dans lequel je vis qui ne me convient pas. J’ai un problème.” Je mettais les mots sur mon problème, je le comprenais, mais je ne trouvais pas la solution. J’avais beau aller dans d’autres villes, voir d’autres amis, voir ailleurs, c’était toujours la même chose. Je défendais mes idées, mais ma vie ne correspondait pas à mes idées. J’étais toujours dans le même système malgré ce que je défendais.

Et en venant ici ça m’a fait tilt. Et, c’est là où je me suis dit : “Non, c’est impossible que je reparte”. J’ai mis 10 jours à prendre cette décision : quitter ma vie à Lille, quitter mon CDI et partir. Ça a été un soulagement, un vrai soulagement.

Tant pis pour l’argent. Parce qu’il faut quitter aussi cette notion d’argent, et c’est pas simple. On retient les gens avec ça. On est enchaîné par l’argent et les peurs qui vont avec. Quand tu quittes cette peur de manquer d’argent, tu te rends compte que tu peux vivre sans ou avec très peu, parce que c’est une continuité. On n’a pas la réponse dès le début quand on commence à changer de mode de vie. Il y a la prise de conscience, le changement et la continuité et l’évolution. Je suis actuellement dans le changement.

Ce qui est très important aussi ici, c’est redécouvrir la notion de travail. Sur ce chantier, personne n’est rémunéré. On est tous bénévoles. Pour tout le monde, c’est du don. Quand tu quittes la notion d’argent lié au travail que tu fais, le sens change totalement. Ce n’est plus du travail. C’est ce que tu as envie de faire. Et c’est super important.

Qu’est ce que je fais maintenant ? Plein de choses, je crois que je n’ai jamais été aussi active que depuis que je suis chômeuse. C’est le comble, c’est marrant. Je fais le chantier principalement, je fais aussi du collectif : l’organisation, la comptabilité. Et d’autres projets que l’on souhaite démarrer…

Le chantier, c’était l’hameçon pour attirer les gens ici. On est venus pour le chantier, et on est restés parce qu’il n’y avait pas que le chantier.

Il y a des personnes, tu leur aurais dit, il y a 3 ans : “Tu vas vivre un hiver, soit dans un camion, soit en caravane, soit à 10 dans une maison”, ils n’y auraient jamais cru. C’est intense comme expérience. Il y a des personnes, en arrivant ici, elles ne s’attendaient pas à vivre ça. C’est chouette de voir que, si tu quittes tes peurs, tout le monde est capable de vivre une expérience comme celle-là. On en est tous capable. »

 

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