“ La préfète du Pas-de-Calais a annoncé que la jungle serait démantelée… Ce qu’elle propose n’est pas une solution au problème des migrants, elle ne fait que déplacer le problème pour “soulager” la population calaisienne, alors je partage mon indignation :

Songez à l’histoire d’un migrant : un homme seul ou accompagné d’une femme, d’un enfant qui fuit les bombes ou la dictature de son pays dans l’espoir de trouver un lieu de paix pour exister. Des membres de sa famille vivent en Angleterre, il parle anglais et veut aller dans ce pays. A sa place, que l’on soit blanc noir, parisien, breton ou calaisien, ouvrier, patron, sans emploi ou agriculteur, ne tenterions-nous pas de faire la même chose que lui ?

Accueillir l’être dans le besoin, prendre soin de celui qui est faible, n’est ce pas ce que l’on prône à nos enfants ? Mais, en lisant la presse tout en ayant côtoyé les êtres qui vivent dans la « jungle », j’ai l’impression d’être devenu citoyen d’un pays qui a perdu son humanité…

Le tort de ces êtres est-il d’être né dans un pays qui ne peut pas se permettre de vendre des armes à l’étranger, de faire la guerre ailleurs pour faire fonctionner son économie?

Rappelez-vous les migrations de populations pendant la seconde guerre mondiale… Est-ce une tare d’être originaire d’un pays en guerre et de fuir ?

A Calais, la zone destinée à être rasée abrite au moins le double de la population annoncée dans les médias. Grâce à l’aide des bénévoles et des associations comme MSF, des hommes, des familles ont désormais un habitat « en dur ». Personnellement, après avoir dépassé ma vision française d’un bidonville et rencontré les habitants, j’y ai découvert beaucoup d’humanité. Un dôme permet de partager des activités culturelles, les mineurs isolés sont pris en charge  par des adultes multiculturels, la nourriture est préparée et mangée collectivement dans des lieux conviviaux, vêtements, couvertures sont distribués de façon structurée… Les initiatives y sont nombreuses… Et si on le voulait vraiment, il serait sans doute possible de rendre ce lieu salubre.

Mais le gouvernement veut détruire tout cela… En proposant de reloger une partie des migrants dans des conteners, ou d’en envoyer quelques uns dans des Centres d’accueil et d’orientation… Un être en souffrance mérite une attention délicate et à la place de cela, on va lui prendre ses empruntes palmaires pour le stocker dans un lieu où il sera totalement assisté : aucune possibilité de cuisiner en famille, repas distribués sans convivialité… Les migrants qui en ont encore la force risquent de retourner camper dans la nature, dans la boue de Grande-Synthe près de Dunkerque ou ailleurs… Déplacer le problème semble la solution choisie par le gouvernement. Bravo ! Quelle belle vision à long terme !

Un être humain dans le pays des droits de l’homme, ne peut-il pas espérer un peu mieux que cette proposition ?

La jungle fonctionne et la France ne peut pas simplement servir de régulateur de flux de migrants en Angleterre… Notre pays est capable de beaucoup mieux…

Quel français accepterait ces conditions de vie sans sentir une colère contre son “hôte”… Si vous avez eu la chance de voyager chez ces gens avant que ces pays ne soient en conflit, vous savez bien ce que l’accueil du voyageur, le repas partagé, la vie communautaire, la famille signifie pour un Syrien, un Pakistanais, un Iranien… (Personnellement, j’ai eu la chance de traverser ces trois pays en auto-stop, j’y ai reçu un accueil merveilleux et j’ai simplement honte du gouvernement hypocrite de mon pays et de celui de l’Angleterre…)

Alors s’il vous plait, si vous en avez la possibilité physique, allez à Calais, allez le plus rapidement possible à la rencontre des hommes, femmes et enfants qui fuient la guerre, apportez-leur un peu d’amour et recevez leur humanité, protégez-les de notre gouvernement inhumain, dites aux médias que nous ne supportons plus leurs « reportages choc » qui dénaturent la vérité et engendrent des amalgames… Ces migrants fuient des attentats quotidiens… Les Calaisiens ne doivent pas supporter seuls cette situation mais les communes de la France et de l’Angleterre pourraient aisément s’en charger…  Nombre d’entre elles sont déjà prêtes à accueillir quelques familles, des gens sont prêts à aider localement des réfugiés dans nos deux pays… Pourquoi avoir peur de l’étranger qui est simplement un être empli de richesses différentes des nôtres…   Nous attendons une vraie proposition d’accueil et d’écoute avant de songer à démanteler cette jungle…

Et si vous ne pouvez pas aller à Calais, s’il vous plait, faites circuler ce message pour que d’autres y aillent avant que les migrants ne se retrouvent de nouveau à la rue…

Merci.”

Samuel 

Pour savoir qui est Samuel Allo : http://samuelallo.com/

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